Pourquoi les entreprises se lancent-elles les yeux fermés dans l’IA/LLM (Large Language Model) ? Est-ce pour de bonnes raisons (d’un point de vue business) ?

L’intelligence artificielle a fait irruption dans les services à la clientèle à une vitesse vertigineuse. Les chatbots, les assistants virtuels et les systèmes automatisés se multiplient sur les sites web et les applications, promettant de révolutionner l’expérience utilisateur. Mais il convient de se demander si les entreprises prennent cette décision sur la base de preuves solides ou suivent simplement une tendance ?

La séduction de la réduction de coût immédiate

Ne nous leurrons pas : le facteur économique est l’éléphant dans la pièce. L’automatisation du service client peut réduire considérablement les coûts opérationnels. Un chatbot n’a pas besoin de vacances, ne demande pas d’augmentation de salaire et peut servir des milliers d’utilisateurs simultanément. Pour les directeurs financiers, l’équation semble simple.

Cependant, cette vision à court terme ignore les coûts cachés : le développement et la mise en œuvre de systèmes d’IA robustes, la maintenance continue, la formation d’équipes hybrides homme-machine et, surtout, le coût de la réputation lorsque la technologie échoue ou frustre les clients ; les média étant très friands d’en rapporter les échecs.

L’effet FOMO de l’entreprise (Fear Of Missing Out ou la peur de rater le train de l’innovation)  

Il existe une « peur d’être laissé pour compte » dans le monde des affaires. Lorsque les concurrents annoncent leurs avancées en matière d’IA, les équipes dirigeantes poussent à « faire quelque chose avec l’intelligence artificielle ». L’IA est devenue un élément marketing, une case à cocher dans la présentation annuelle des résultats.

Cette adoption réactive, plutôt que stratégique, explique pourquoi tant d’implémentations semblent bâclées : interfaces déroutantes, bots qui ne comprennent pas les requêtes de base, ou systèmes qui frustrent plus qu’ils n’aident, acceptation des équipes en place très mitigée. La technologie est déployée non pas parce qu’elle résout de vrais problèmes, mais parce qu’il faut être montrer qu’on l’utilise.

Quelqu’un a-t-il demandé leur avis aux clients ?

Nous arrivons ici au point le plus délicat. Combien d’entreprises ont mené des études sérieuses sur ce que leurs clients préfèrent réellement avant de se lancer dans l’automatisation ? Des preuves suggèrent que de nombreux utilisateurs apprécient encore grandement le contact humain, en particulier dans des situations complexes ou chargées d’émotion.

Personne ne veut naviguer dans des menus automatisés sans fin lorsqu’il a un problème urgent. Personne n’aime répéter sa requête trois fois à un bot qui ne comprend pas le contexte. Et pourtant, ces expériences se multiplient chaque jour.


Le paradoxe est que beaucoup d’études confirment que les clients préfèrent interagir avec des humains quand ces derniers sont disponibles, et qu’ils se contentent d’alternatives IA dans le cas contraire.  Mais le paradoxe central réside dans le fait que les clients continuent d’acheter des produits et des services sans avoir le critère du support humain comme déterminant dans le choix du produit et de la marque. Est-ce parce qu’il n’existe que très peu d’offres sur le marché clairement labellisées « support performed by humans » ?


L’argument de l’efficacité… Pour qui ?

Les entreprises parlent d’« amélioration de l’efficacité », mais à qui bénéficie cette efficacité ? Un système peut être efficace pour l’entreprise (il traite plus de requêtes avec moins de ressources) et en même temps être inefficace pour le client (il nécessite plus de temps, génère plus de frustration).

La vraie question est la suivante : mesurons-nous correctement le succès ? Si les indicateurs sont purement internes (nombre de requêtes traitées, temps de réponse moyen, réduction des coûts), nous optimisons pour l’entreprise et non pour le client.